Poursuivre l'histoire de toile en toile, c'est toute l'originalité du Storytelling art, ainsi nommé à partir de 2003.
En fait, le mouvement naît en 1989, année décisive pour Marc Ferrero qui décide de quitter Bruxelles, ses phylactères, ses vignettes... le cadre par trop étroit, trop contraignant, du dessinateur de BD. Besoin d'espace : il prend le large, hisse la toile, embarquant avec lui ses personnages et son décor ; ensemble ils reprennent le cours de leurs aventures, mais cette fois, en grand format. C'est l'entrée officielle en peinture, c'est l'initiation d'un nouveau rapport à la narration. Sur les murs.
Comme dans un film, d'une toile sur l'autre, Duke, Cello et Charly - évincé en 2003 par la sublime Lisa L'Aventura - déroulent l'histoire ordinaire de héros contemporains : poursuites, trahisons, jeux d'argent. Indifférents aux humeurs d'un monde urbain - saturé, bruyant, agité, peuplé d'anonymes - un dandy anglais, un afficionado du tango italo argentin et une downtown diva blonde sont à leurs affaires. Au sein de la « Comitive » - très select réseau privé où s'entretiennent les liens serrés de l'amitié - ils affrontent les démons de leur temps.
New-York, Monaco, gratte-ciel, bitume, embouteillages, casinos, clubs de jazz, fumeries d'opium. sont les toiles de fond, le décor transcendé par ces protagonistes d'un roman qui, en cours de composition, a pris les allures d'un road-painting instigateur du Storytelling art.
En effet, au cours des dix dernières années, à la poursuite de nos trois affranchis, le support pictural a pris une nouvelle orientation : il est devenu le media d'une épopée qui se lit toile - cliché, focus - après toile : façon filmique, version acrylique, chaque storyboard constitue une scène qui peut être coordonnée à une autre scène ; version huile, la traditionnelle « série » devient, elle, pour les besoins du scénario, une « séquence » découpée en autant de toiles.
Chaque pièce étant unique et les combinaisons possibles pour le collectionneur se démultipliant à l'infini, il s'est agi, pour que le fil de l'histoire soit perceptible, d'assurer la continuité picturale. Cette spécificité du Storytelling art a servi d'ancrage à ses fondements conceptuels. Ainsi, afin d'assurer la cohésion du roman graphique, l'artiste, au-delà de son trait, a développé une thématique - La ville, ses icônes, sa société consumériste -, une unité de palette entre les huiles et les acryliques - Les happy colours -, un champ verbal - les lyrics -, des techniques d'application- les pochoirs -, qui permettent la coordination des tableaux entre eux.
Dans cette logique de jeu combinatoire et de continuité artistique, chaque collectionneur détient donc une ou plusieurs parts de l'histoire. C'est à ce titre qu'il devient membre de la Comitive Connexion.
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